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Construire sa maison : entre rêve et réalités

Michel Nicoletti


Construire sa maison : découvrez la marche à suivre

Très souvent, un projet de maison neuve évolue en fonction de contingences d’ordre technique, législatif ou financier. Cas d’école avec la construction de cette splendide maison à Sevrier.

Cher monsieur l’architecte. Vous trouverez ci-joint mon projet de maison, il ne vous reste plus qu’à le réaliser. Je vous en remercie par avance. Très cordialement. Le futur propriétaire. »

Vous croyez au Père Noël ? Sachez qu’en matière de construction, il y a loin de la coupe aux lèvres. Qu’à cela ne tienne, les cabinets d’architecture se fixent pour mission ultime de dessiner la maison de vos rêves tout en se pliant aux réalités du terrain, aux sens propre comme au sens figuré.

Illustration, près de l’ancienne route d’Annecy à Sevrier. Hiver 2013, les travaux de maçonnerie s’achèvent. « Enfin… », pourrait-on soupirer. Et pourtant, les obstacles surmontés par l’atelier d’architecture Nicoletti ressemblent peu ou prou à tous ceux qui se dressent sur n’importe quel projet de construction immobilière.

Construction de maison : un cahier des charges souple

Commençons par le plus facile : l’intérieur, tel qu’il sera bientôt. Le rez-de-chaussée abritera une cuisine ouverte sur un séjour ainsi qu’une pièce d’eau. Le premier étage s’articulera autour de trois chambres, d’une salle de bains et d’un salon-bibliothèque.

Les premiers contacts avec le propriétaire remontent à 2010. L’habitation se destine à la location, le client n’est donc pas pressé et l’aspect affectif ne brouillera pas les cartes. Un cahier des charges souple offre à l’architecte une liberté d’action appréciable. Les rares exigences se nichent dans la volonté d’un style contemporain. « D’emblée, nous imaginons l’extrême, explique Michel Nicoletti. Notre but, en extrapolant, est d’obtenir le plus beau projet possible à la fin. »

Après une analyse de la parcelle de 3 000 m2 sur laquelle une habitation existante est à intégrer dans le calcul, un résidu de 160 m2 d’emprise au sol ainsi qu’une surface de plancher de 150 m2 peuvent être construits.

En incluant également les contraintes liées à l’ergonomie du terrain relativement contraignant et l’accès existant ainsi que les paramètres relatifs aux règles d’urbanisme, l’ouvrage prend forme avec comme critère inébranlable : profiter au maximum de la vue sur le lac et les montagnes.

L’orientation et l’implantation se dessinent peu à peu. La construction occupe désormais 110 m2 d’emprise au sol et 150 m2 de surface plancher sur deux niveaux bénéficiant d’une exposition plein est.

Toit terrasse… modéré

Sur la première copie, les façades et la toiture généreusement vitrées offrent un panorama splendide aux futurs locataires. Rattrapés par des contraintes importantes sur un plan technique (vitre égale chaleur) et financier, les concepteurs peaufinent leur canevas.

La nouvelle version propose une charpente classique en tuiles avec deux pans, dont l’un est doté d’une petite partie vitrée. Désormais, une casquette munie d’un garde-corps ceinture partiellement le premier niveau. « Halte là ! » claironne l’administration pour qui, ce rebord accessible devient terrasse et dépasse donc la surface autorisée en droit du bâti. Derechef, l’esquisse suivante rend la casquette inaccessible.

Début 2012, après plusieurs échanges avec la mairie, celle-ci autorise de façon modérée la réalisation d’un toit terrasse. Ni une ni deux, l’atelier d’architecture intègre cette nouvelle donnée à son ouvrage. Retour également du rebord avec garde-corps en prenant soin de respecter les surfaces permises. On frôle la perfection… Mais on ne l’atteint pas encore.

Yes we can

Car la DDT (Direction départementale des territoires) considère désormais la casquette comme un élément construit soumis au recul imposé par les règles d’urbanisme. Afin de lever toute ambiguïté et éviter d’être retoqué, l’architecte équipe la coursive d’un brise-soleil et la rend de fait inaccessible. Enfin, en vertu des règles applicables sur la commune de Sevrier, la maison doit se parer d’une toiture pentue à deux pans (en complément du toit terrasse plat).

De la première esquisse au rendu final, le projet architectural d’une maison à Sevrier, les traits de crayon de l’architecte donnent vie à une maison unique et résolument contemporaine.

La première phase de construction

Sur les 3000 m2 de parcelle, 160 m2 d’emprise au sol et une surface de plancher de 150 m2 peuvent être construits. Peu à peu, la construction prend forme à partir de deux niveaux bénéficiant d’une exposition plein est. Cette première phase intègre des façades et une toiture généreusement vitrées afin d’offrir un panorama splendide sur le lac et les montagnes.


Les contraintes techniques, financières…

L’esthétisme incontestable conféré par une toiture entièrement vitrée a son revers. Des contraintes importantes sur un plan technique et financier incitent les architectes à couvrir l’habitation d’une charpente classique en tuiles avec deux pans, dont l’un est doté d’une partie vitrée plus modeste.


 … et administratives

Désormais, une casquette munie d’un garde-corps ceinture partiellement le premier niveau. L’administration pose son veto car ce rebord accessible devient terrasse et dépasse donc la surface autorisée en droit du bâti.


En terrasse ou non ?

Début 2012, la commune de Sevrier autorise de façon modérée la réalisation d’un toit terrasse. Le rebord entourant le premier niveau respecte désormais les surfaces permises en droit du bâti. Or, la Direction départementale des territoires (DDT) considère désormais la casquette comme un élément construit soumis au recul imposé par le Plan d’occupation des sols (POS).


Happy end

Afin de ne pas risquer une nouvelle mise en garde de l’administration, l’architecte équipe la coursive d’un brise-soleil la rendant ainsi inaccessible. En droite ligne avec les règles applicables sur la commune de Sevrier, la maison se coiffe
d’une toiture pentue à deux pans, venant en complément du toit terrasse plat. Le projet est abouti !


Place à la lumière

L’intérieur affiche un style résolument contemporain. Le rez-de-chaussée, gorgé de lumière, accueillera une cuisine ouverte sur un séjour ainsi qu’une pièce d’eau. Le premier étage comprendra trois chambres, une salle de bains et un salon-bibliothèque.


Avec ses lignes résolument contemporaines, l’habitation répond aujourd’hui à toutes les obligations légales ainsi qu’aux critères du propriétaire. « Notre travail dépend à 300 % de la volonté du client, elle est notre seule limite. En prenant le temps, nous arrivons au résultat escompté, poursuit Michel Nicoletti. C’est pourquoi, ne nous demandez pas ce que nous savons faire mais plutôt ce que nous saurons faire. »

Louise Raffin-Luxembourg