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À Montréal, l’imaginaire débridé

Baptisée la boîte noire, cette maison québécoise interpelle par ses façades asymétriques. Dans ce coffret à l’enveloppe lisse et ténébreuse se niche un précieux bois blond.


Au goût du jour. À Montréal, les maisons en rangée du début du XXe siècle représentent un défi pour les adapter au  mode de vie contemporain.

Habillée de briques d’argile rouge, la maison familiale est typique de la localité de Westmount et de l’arrondissement Notre-Dame-de-Grâce de Montréal où elle se trouve. « Nous y avons greffé deux parallélépipèdes noirs disposés en quinconce et qui, juxtaposés à l’existant, le mettent en valeur, explique l’architecte Natalie Dionne. Nous sommes toujours à la recherche d’un équilibre subtil entre le nouveau et l’ancien afin de créer un ensemble cohérent, préservant l’authenticité des détails d’origine tout en affirmant la contemporanéité de l’intervention. » La greffe se marie superbement avec la façade latérale de style Tudor qui arbore une composition asymétrique et désordonnée tout en restant « harmonieuse, libre et inspirante » selon la conceptrice.

Non soumises à des règles d’urbanisme car cachées de la ville, les cours arrière ont pu nourrir une architecture « ludique, désinvolte et inédite » se réjouit Natalie Dionne. Le lieu, ainsi dessiné, « renouvelle le regard et débride l’imaginaire des citoyens urbains. Il est une ode à la face cachée de la ville ! » La seule règle consistait à répondre aux exigences des propriétaires qui souhaitaient décloisonner la maison et l’agrandir en ouvrant la façade arrière généreusement pour profiter du jardin et de la lumière.

La boîte noire se couvre de grandes plaques de fibrociment noir, à la surface iridescente, finement assemblées par des rivets et perforées d’un motif pour la loggia. Tout en contraste, le bois blond illumine l’intérieur et reflète le remarquable travail d’ébénisterie qui a été conduit. Les lambris parent les murs et le plafond de l’appentis tandis qu’un lattis de cèdre revêt les surfaces extérieures couvertes. Héritage du passé, le plancher original en chêne de la salle à manger a été et restauré et donne le ton. Ainsi, le monumental îlot en chêne massif placé au centre de la cuisine fait office d’autel pour le rituel des repas. Le sol de porcelaine, effet béton, jouxte harmonieusement les dalles d’ardoise de la terrasse. Dans le proche périmètre, se dresse plus sobrement le mobilier blanc ou noir, un coloris qui s’est aussi imposé pour mettre en valeur les matériaux avec lesquels il entre en contact. « J’ose citer l’artiste Pierre Soulages, figure majeure de la peinture abstraite française qui, du noir pur, parvient à faire jaillir la lumière », conclut l’architecte.


Zénith. Le toit en appentis et la fausse mansarde pentue offrent à la cuisine de la hauteur sous plafond et une lumière zénithale.


Malin. Au plafond, l’apparente légèreté du jeu de volumes permet la dissimulation d’un judicieux système structurale d’acier.



Ouverture. En s’ouvrant, les grandes fenêtres font du jardin une pièce supplémentaire de la maison.


Identité. La maçonnerie à encorbellement de la cheminée et la toiture mansardée sont des détails architecturaux identitaires de cette maison de style Tudor.

ndarchitecture.net

Texte : Nathalie Truche
Photographe : Raphaël Thibodeau



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