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Le bleu de Yves Klein, c’est quoi ?

Artiste du XXème siècle, Yves Klein a offert à l’histoire un pigment devenu mythique : le « bleu klein ». Cette couleur a été utilisée dans nombreuses de ses oeuvres.

Photographie d’Yves Klein prise par Charles Paul Wilp

Pourquoi dit-on « Bleu Klein » ?

Passionné par les couleurs et sensible à la beauté des pigments Yves Klein est amené à créer sa propre teinte. En 1956, avec l’aide du marchand de couleurs Edouard Adam, ils décident de mettre au point une nouvelle couleur. Ils ont d’abord hésité entre deux teintes de bleu : le bleu Prusse et le bleu Outremer. Conseillé par Edouard Adam, le choix de l’artiste se porte vers le pigment le plus stable qui permet d’assurer une meilleure pérennité de son oeuvre, ce que propose justement le bleu Outremer. Le problème étant que pour réaliser une oeuvre, Yves Klein devra mélanger son pigment avec de la colle qui va laisser une petite couche sur la toile et va cacher la beauté du pigment. Alors, pour éviter cela ils vont utiliser un médium fixatif qui se rétracte en séchant afin de laisser apparaître un pigment pur.

À la suite de cette nouvelle découverte Yves Klein a donc déposé la formule exacte de son fameux « bleu » à l’institut nationale de la propriété industrielle. Celle-ci se nommera « International Klein Blue (IKB) », où encore « Bleu Klein » en français.

Pourquoi Yves Klein peint-il en bleu ?

L’artiste a prit conscience très tôt de la nécessité de se singulariser, de ne pas faire la même chose que les autres. Étant sensible à la beauté des pigments, il décide de choisir de peindre en bleu et de se consacrer exclusivement à cette teinte. En effet, cette couleur est la plus abstraite qu’il soit, on ne peut la rattacher à l’univers matériel. C’est la couleur de la sensibilité pure. C’est également une teinte, qui dans le monde de la nature, renvoie aux éléments les plus abstraits : le ciel et la mer. D’après Yves Klein « le bleu n’a pas de dimensions. Il est hors dimension, tant dis que les autres couleurs elles, en ont. »

YKB : Le monochrome bleu d’Yves Klein

Le concept du monochrome chez Yves Klein

L’art d’Yves Klein se tourne très rapidement vers le monochrome. Pour cet artiste le monochrome bleu est un challenge technique et une expérience métaphysique. C’est pour lui une révolte contre le dessin et la ligne qu’il déteste tant. À travers le monochrome Yves Klein cherchait une sensibilité picturale pure où la couleur se suffit à elle même.

 La pureté de la couleur

Selon Yves Klein l’essence même de l’art réside dans la pureté de la couleur. D’après sa vision, cette pureté doit imprégner celui qui la regarde. Par la couleur, cet artiste ressent le sentiment d’identification complète avec l’espace et se sent vraiment libre. Pour Klein les couleurs sont des êtres vivants, des individus très évolués qui s’intègrent à nous, comme à tout. Les couleurs sont les véritables habitantes de l’espace.

Le pigment pur

Yves Klein est fasciné par le pigment pur qui est d’une intensité incomparable. Dans le cadre d’une exposition, l’artiste fait l’expérience de concevoir un grand tableau horizontal au sol avec un bassin de pigment pur. Ce tableau est fait sans fixatif, contrairement à ses oeuvres habituelles. Dans cette oeuvre, le pigment est sous forme de poudre qui est répandue à l’intérieur d’un cadre et donne un aspect extrêmement velouté, rayonnant, presque irradiant. Cette texture est en même temps très sensuelle, ce qui donne envie de la toucher.

Yves Klein, ANT 84, 1960, collection MAMAC, Nice ; Monochrome bleu sans titre (IKB Godet), 1958, collection privée. Photo François Fernandez

L’infini Bleu

Conçue spécialement pour l’Atelier des Lumières à Paris, cette exposition met à l’honneur l’artiste. L’infini Bleu est une création d’une dizaine de minutes qui plonge les visiteurs dans les oeuvres d’Yves Klein, retraçant son parcours et sa quête de l’immatériel. Cette rétrospective dévoile 90 œuvres et 60 images d’archives. Celle-ci offre une immersion totale dans la matière et la sensibilité. Un son montant et vibrant de Vivaldi et des rythmes électroniques de Thylacine viennent accompagner cette exposition.

Yves Klein a créé sa propre couleur

Un nouveau solvant

Une peinture est dite à base de solvant si elle utilise un agent différent de celui de l’eau.

Pour créer ce nouveau solvant, Yves Klein se tourne vers des chimistes. Ils lui proposent un liant qui se rétracte en séchant, laissant apparaître le grain du pigment. Ils vont donc prendre une colle vinylique qui va servir à coller le pigment, qu’ils vont ensuite diluer à 95% d’alcool. L’alcool va s’évaporer, ce qui va laisser une infime partie de colle vinylique. Néanmoins, celle-ci protègera quand même les oeuvres contre le vieillissement et la lumière.

Une nouvelle résine de synthèse

Nous retrouvons derrière la couleur « IKB », un bleu d’une tonalité spécifique : un outremer intense, mat « et pourtant » brillant. Cet aspect brillant est maintenu grâce à une résine synthétique (rhodopas dilué) qui est ajoutée au pigment bleu (en poudre).

Le liant du IKB a été conçu en diluant le Rhodopas® M60A à l’éthanol et à l’acétate d’éthyle. Ils ont ensuite ajouté quelques gouttes de plastifiant pour rendre cette résine plus flexible et plus facile à manipuler.

Pour la préparation de l’IKB, le pigment est intégré au liant, et non l’inverse comme il se fait traditionnellement. Pour le dosage, Edouard Adam et Yves Klein ont mis au point et jugé le mélange prêt en fonction de critère esthétique, de la « luminosité » de la couleur.

Comment s’appelle la période bleue d’Yves Klein ?

C’est en 1954, que Yves Klein se tourne définitivement vers l’art et débute son parcours « Aventure Monochrome ».

Cependant, ses exposition sur le monochrome passent quasiment inaperçues jusqu’en 1956, date à laquelle il fait la connaissance de Pierre Restany, critique d’art. Cette rencontre va marquer un tournant décisif dans la compréhension de son art. L’artiste devient alors célèbre sous le nom d' »Yves le Monochrome »

L’artiste travaillera tout au long de sa vie dans une quête d’immatérialité et d’infini, et il adoptera le bleu d’outremer comme véhicule.

Le bleu de Yves Klein, c’est quoi ?

Qu’est-ce qui caractérise l’époque bleue d’Yves Klein ?

Nous ne pouvons pas parler d’Yves Klein sans mettre en avant ses Anthropométries réalisées avec ses pinceaux vivants.

C’est en mars 1960, à la Galerie nationale d’Art Contemporain qu’Yves Klein organise sa première présentation publique des Anthropométries de l’époque bleue. Véritable mise en scène, l’artiste dirigea 3 modèles nus recouverts de peinture bleue sur une toile, sans un mot, comme des pinceaux vivants.

Les mois qui suivirent, l’artiste sorti sa série anthropométrique, ANT, comprenant 150 oeuvres numérotées.

Dans ses oeuvres, la forme du corps est réduite à l’essentiel : aux dimensions du tronc et des jambes comme référence de mesure du corps humain. Pour l’artiste, les empreintes laissées par ces corps constituent la forme d’expression la plus concentrée de l’énergie vitale.

Yves Klein, Anthropométrie de l’Époque Bleue (ANT 82) (1960)


Auteur : Lisa Maudonnet

Date de publication : 7 avril 2022

Date de la dernière mise à jour : 26 janvier 2024


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