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Franck Lopez : «Artisan, un métier valorisant»

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Chef d’une entreprise de maçonnerie, Franck Lopez ne cache pas sa fierté d’être artisan. Rencontre avec le président de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Haute-Savoie.

Quel rôle joue la Chambre de métiers auprès des artisans ?

La Chambre de métiers fait office de relais entre l’Etat, le préfet au niveau départemental et l’ensemble des artisans. Nous avons la capacité à faire remonter un certain nombre de messages auprès de notre ministre de tutelle. C’est également un centre important de formation qui s’adresse aux artisans, à leurs conjoints – collaborateurs ou collaboratrices – et à leurs salariés. Il y a une relation entre une entreprise bien formée et les résultats qu’elle affiche. Notre centre de formation est l’un des plus performants de Rhône-Alpes et de France, ce qui explique que notre département n’ait pas à rougir de ses résultats.

Quelles sont les spécificités haut-savoyardes ?

Nous avons une particularité non pas seulement savoyarde mais montagnarde. La densité artisanale y est beaucoup plus forte que sur les autres territoires, grâce notamment à l’apport du tourisme. Prenons l’exemple d’une station de 500 habitants à l’année et 20 000 en saison de ski. Tout ce parc immobilier doit être construit puis entretenu, ce qui nécessite une main d’œuvre locale. Cet aspect est un peu moins vrai lorsqu’on s’approche de la Suisse car les entreprises artisanales haut-savoyardes peinent à vivre près de la frontière. Elles se font, entre guillemets, siphonner leur main-d’œuvre par nos voisins helvètes.

Quels sont les autres effets de cette proximité ?

Pour parler clair, si notre artisanat a besoin de 1 000 nouveaux artisans tous les ans, un chiffre pris au hasard, alors il faudra en former 2 000. En Haute-Savoie comme dans l’Ain, un apprenti sur deux ira ensuite en Suisse. Il n’empêche, la transmission du savoir par l’apprentissage est dans notre ADN, nous n’avons pas attendu qu’elle soit une priorité au niveau de l’Etat et de la Région pour y mettre l’essentiel de nos moyens. Les apprentis sont nos futurs repreneurs.

«?Transmettre le savoir par l’apprentissage est dans notre ADN?»

Est-ce qu’un jeune rêve d’être artisan ?

Certains oui. D’autres y viennent parce qu’on les a poussés. Quand j’étais en 6e ou en 5e, on nous disait : « Si tu n’as pas de bons résultats, tu iras faire un CAP. » Aujourd’hui, c’est toujours un peu comme ça. Pourtant, être artisan permet de gagner sa vie très correctement à partir du moment où l’on est formé et que l’on a envie de travailler. C’est un métier extrêmement valorisant parce qu’un artisan crée, développe quelque chose. Sa création reste et se voit. J’ai une entreprise de maçonnerie et je sais que certains de mes salariés passent devant des chantiers en disant : « Ça, c’est nous qui l’avons fait. » Dès l’instant où vous montrez les choses, c’est que vous en êtes fier. Quand on prend plaisir à exercer son métier, les journées sont toujours trop courtes.

Si vous pouviez tout recommencer, que changeriez-vous ?

Je ferai sans doute quelques erreurs en moins ! Peut-être que, au lieu de créer une entreprise de toutes pièces, j’essaierais d’en racheter une pour la développer. Le fruit de mon expérience me fait dire qu’il est plus difficile de démarrer avec rien qu’avec une structure déjà existante. L’idéal est de faire comme dans l’athlétisme : bénéficier d’un passage à témoin qui se déroule de façon harmonieuse entre le cédant et le repreneur. C’est dommage qu’un savoir-faire se perde alors que tout existe : les compétences, les murs, la clientèle. Donc, si c’était à refaire, j’emprunterais cette voie-là.

Recueilli par Louise Raffin-Luxembourg


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